Retour en image sur la JE « Émotions, récit et travail » - Mars 2023

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Crédits photos : Sylvie Pons (CGGG)

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Résumés des interventions


Aurore Labadie, “Témoignages ouvriers en abattoir : du refoulement à la politisation des émotions”.
Les témoignages d’ouvriers en abattoir problématisent la question des émotions au travail de manière stimulante et contrastée. Du refoulement des émotions dans À l’abattoir de Stéphane Geffroy à leur politisation dans Ma vie toute crue du lanceur d’alerte Mauricio Garcia Pereira, en passant par les discordances intimes d’À la ligne de Joseph Ponthus, le rapport aux affects professionnels génère une réflexion d’ordre politique (au sens large) sur le vécu subjectif des situations de travail. Les émotions sont-elles détachées de tout conditionnement (sexuel, sociologique, relatif à l’ethos ou à certaines injonctions sociétales) ? Peuvent-elles être à l’origine d’un pouvoir de transformation politique ? Quels rôles joue leur saisie à l’échelle du récit et dans l’image que l’auteur cherche à dresser de lui-même ? Cet ensemble de questions que le corpus porte au lecteur n’évacue pas des interrogations plus spécifiques, liées au type d’entreprise représenté. Le travail en abattoir, qui confronte quotidiennement l’ouvrier à la mort, génère-t-il des affects particuliers ? Une souffrance éthique ? La condition animale, en somme, y est-elle pensée en termes d’intimité émotionnelle ? Notre communication cherchera à pointer les réponses spécifiques que chacune de ces œuvres apporte, non sans dialoguer avec les sciences humaines acquises au « tournant émotionnel ».

Aurore Labadie est docteure ès-lettres de l’Université Sorbonne Nouvelle- Paris III et enseigne actuellement dans le secondaire. Ses recherches portent sur la littérature politique et plus spécifiquement sur les représentations du travail dans le roman à partir des années 1980.

Emmanuel Petit, “L’analyse économique des émotions au travail”.
En s’appuyant sur les travaux en psychologie expérimentale, les économistes ont progressivement intégré les émotions dans leurs analyses. L’économie des émotions a permis de déconstruire le modèle de la rationalité parfaite, a montré que l’individu n’était pas toujours égoïste et qu’il pouvait être altruiste, empathique et coopératif, et a conduit enfin à de nouvelles modalités d’intervention des autorités publiques à l’instar de ce que l’on appelle le « nudge ». Qu’en est-il cependant de l’analyse économique du travail ? Basée sur une conception stéréotypée de l’effort (que l’individu cherche à minimiser) et sur une vision limitée de la notion de travail (qui n’apporte aucune satisfaction et est porteuse de désutilité), l’économie du travail peut-elle intégrer la sphère affective ? Quelle part le travail émotionnel et le care peuvent-ils prendre dans la construction d’une analyse économique des émotions au travail ?

Emmanuel Petit est professeur d’économie à l’université de Bordeaux et chercheur au sein de Bordeaux Sciences Economiques (BSE – université de Bordeaux et CNRS). Ses travaux portent depuis plus de quinze ans sur le rôle des émotions en économie à travers une approche interdisciplinaire conjuguant notamment psychologie, philosophie, histoire et littérature. Après avoir conceptualisé les bases d’une économie du care (dans laquelle le souci d’autrui, la sollicitude et la coopération occupent une place majeure dans la société), il s’est intéressé plus largement à la place des émotions dans le comportement des individus, dans ce qu’elles provoquent autant qu’au travers de ce qu’elles révèlent.

Gil Charbonnier et Franck Petit “Récit de travail et instruction des affaires de terrorisme dans La décision de Karine Tuil”.

La décision de Karine Tuil est un roman représentatif de la nouvelle littérature pénaliste qui a émergé après les attentats terroristes de 2015-2016. Karine Tuil campe un personnage de juge anti-terroriste qui insiste sur un cadre de travail et des méthodes, décrits et analysés comme rempart contre la barbarie, au sein d’une société qui s’effondre. Adossée à la notion « d’identité narrative », la matière émotionnelle est également retravaillée dans une introspection dont le style et les références littéraires (de Dostoïevski à Camus) assignent à la littérature une fonction particulière.

Gil Charbonnier est maître de conférences HDR en littérature française du XXe siècle à la Faculté de droit et de science politique de l’Université d’Aix-Marseille (CIELAM-AMU) où il dirige le Centre d’éthique économique et des affaires. Ses travaux pluridisciplinaires portent sur la représentation du droit, de l’économie et des questions européennes en littérature. Dernier ouvrage : L’idée d’Europe chez Paul Morand, à paraître aux Éditions Champion.

Franck Petit est professeur d’université à Aix-Marseille, où il enseigne le droit social et codirige le master II Droit des relations du travail et protection sociale. Il a été doyen de la faculté de droit, d’économie et de gestion d’Avignon (2011-2016). Il a obtenu en 2023 le prix le prix national de Planète Social son livre La responsabilité sociale de l’employeur coécrit avec Sophie Garnier.

Laura Candiotto, “Emotions in science-making”
Consider the excitement a researcher feels while discovering some data that support one’s intuition and the discouragement and bewilderment that can be felt when one meets a roadblock in the process of inquiry. These emotions are widespread in doing science. Social processes of scientific knowledge production, such as group brainstorming, team science, and collaborative research are filled with affective dynamics and atmospheres. For instance, imagine the pride that can inflame a research team while achieving a significant milestone and the subsequent enthusiasm in moving the project further.
In this presentation I discuss the philosophical literature on the epistemology of emotions, to identify the role of emotions in science-making. It might be argued that emotion is simply a contextual factor without any relevant epistemic role. Why should excitement, discouragement, and pride matter to defending a new hypothesis, collecting data about a research topic, or finding solutions to a problem ?
By exploring some of the most important theories of emotion in the contemporary debate, I show that emotions do matter to knowledge production. I also explain in which sense they matter : I analyse their evaluative, motivational, hermeneutical, and social functions. By challenging a merely functionalist approach, i.e., focusing only on the ways emotion functions, I also explore some new steps that seem to be required for fully grasping the epistemic significance of emotion in science-making. First, I focus on those virtuous character traits that are supported by epistemic emotions in science-making, such as curiosity and wonder. Then, some issues concerning an individualist view of epistemic emotion will be considered. I provide a solution to them by focusing on situated epistemic emotion and stressing their social significance. The result is that epistemic emotions should be embedded in epistemic cultures to be effective.

Laura Candiotto is Associate Professor in Theoretical Philosophy and Senior Researcher at the Centre for Ethics of the University of Pardubice, Czech Republic. Her research field is Philosophy of Emotions at the crisscross of Social Epistemology and the Ethics of Knowing. One of my main research aims is to argue that emotions can play a beneficial role in knowledge acquisition (Candiotto 2019a, 2019d). In the last ten years, I have depicted the orchestration of emotions as extended in social epistemic practices, especially dialogical and cooperative ones (Candiotto 2016 ; Candiotto 2017a), with a focus on 4E cognition (embodied, embedded, enactive, extended cognition).

Fabio Ciotti (Università di Roma Tor Vergata) The « feeling » of labor in Italian Literature 1800-2000 : a distant reading approach

This paper presents a distant reading approach to the theme of emotion and work in literature. In this research, which is still ongoing, we have explored the application of computational sentiment analysis methods to narrative texts to trace the emotional stance towards work and working activities in a corpus of Italian novels from the early 1800s to the late 1900s. The study started by extracting short text passages from the corpus containing one of a set of keywords related to the « work » semantic field. Then we applied sentiment analysis to these excerpts, adopting a machine-learning approach based on a fine-tuned Italian BERT large language model. The paper presents and discusses the results of the research in its early stage : 1) our corpus does not show any significant pattern in the distribution of emotional stance over time ; 2) there is no significant evidence that the emotional stance towards « work » has changed over time or with the evolution of narrative styles. Finally, we will present the possible refinement of the operationalization process we have adopted.

Fabio Ciotti is Associate Professor of Digital Humanities and Theory of Literature at the University of Roma « Tor Vergata. » His research focuses on various strands of Digital Humanities and Computational Literary Studies : Computational and machine learning methods in the analysis of literary texts. ; Digital text encoding and scholarly editing ; Applications of XML and TEI technologies to literary texts and corpora ; Modeling and creation of digital libraries ; Application of Semantic Web/Linked Data principles and technologies to humanities digital libraries and textual corpora.
He is the author of several publications and has participated in various research projects at the national and international levels. He has been an organizer or member of the program committees of various national and international conferences and Chair of the Program Committee of the DH2019 Conference (Utrecht, NL, 9-12 Jul 2019). He is Editor in Chief of the journal Umanistica Digitale, Chair of the EADH (European Association of Digital Humanities) Executive Board, founder member, and Past President of AIUCD (Associazione per l’Informatica Umanistica e la Cultura Digitale).

Stefano Adamo, “The Impact of Emotions on Financial Decisions : An Exploration through Literature”

The global financial crisis of the late noughties marked a turning point in the public perception of finance, making it a subject of widespread interest and concern. This led to a proliferation of narrative works such as novels, plays and films that sought to tell stories about the causes of the crash. In Italy, with the sovereign debt crisis of 2011, finance has become a topic of unprecedented interest among the Italian public. Stories revolving around banking or the financial rise and fall of characters have received remarkable critical attention and media coverage. This paper examines how two Italian writers, Letizia Pezzali and Guido Maria Brera, explore the concept of emotion in the financial workplace. Pezzali’s novel Lealtà (2018) challenges the notion that people always act in their own best interests, showing how emotions can thwart clear understanding and lead to risky decisions. Brera’s novel I diavoli (2014) paints a bleak picture of finance as an environment driven by power and manipulation, revealing the dangers of a system where money and power reign supreme. The authors draw on their first-hand knowledge of the financial industry to examine the impact of emotionally motivated decisions in the field. In doing so, they offer a cautionary tale about the dangers of allowing emotions to cloud one’s judgment in financial matters.

Stefano Adamo is an associate professor of Italian history and culture at the University of Banja Luka in Bosnia and Herzegovina. He previously served as chair of the Department of Italian Studies and co-founded the Department of Romance Studies at the university. His research focuses on the study of social and cultural phenomena such as ideology and cultural beliefs as they are represented in literature and film. He approaches these topics from the perspective of the cultural diffusion of complex social-science ideas and policy proposals. His articles have appeared in refereed publications such as Modern Italy and Strumenti Critici, and he has guest edited special issues on literature and economics for the journals Status Quaestions (2019) and Narrativa (co-edited, 2021).

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