Insensibilités en scène : une représentation impossible ?

Le 7 juin 2023 de 15h à 17h en salle 2.44 à la Maison de la Recherche, se tiendra la deuxième séance du séminaire CRISIS, intitulé « L’insensibilité » que Julia Vincenti, doctorante au CGGG, organise avec Juliette Privat et Anthony Leberre (CIELAM).


Insensibilités en scène : une représentation impossible ?



Centrée sur la question de la représentation, cette séance visera à donner corps à l’insensibilité, la considérant non pas seulement comme une absence, mais comme une forme pleine, s’incarnant dans les images et dans des corps. Le théâtre sera ainsi un domaine d’expérimentation privilégié : sur la scène, comment donner à voir l’insensibilité ? Quels en sont dès lors les fonctions et les valeurs ? Le parcours proposé ira de la Renaissance à l’époque contemporaine, de la scène, close, du théâtre à une dramaturgie hors les murs, aux prises avec les réalités des milieux médicaux. Fructueux paradoxe ou pirouette risquée, notre questionnement misera sur ces instants imperceptibles dans lesquels le bouillonnement des émotions s’assourdit.

• Juliette Privat (CIELAM) : « Les enfants sacrifiés : présences et fonctions de l’insensibilité dans quelques tragédies de la Renaissance (Florent Chrestien, Jephté ou le veu, 1567, Jean de La Taille, La Famine ou les Gabéonites, 1573) »
On partira d’un choc : une scène, récurrente dans la tragédie renaissante, figure la mise à mort, par un bourreau au « cœur de rocher », d’enfants innocents, mais consentants au sacrifice. Aux cris pathétiques des mères s’oppose alors l’acceptation sans faille des victimes ; face à l’excès des larmes se dresse le silence de l’émotion. À travers deux tragédies françaises du XVIe siècle, dont cette scène sacrificielle constitue le cœur (Jephté ou le veu, traduction de la Jephtes sive votum de Georges Buchanan par Florent Chrestien (1567), La Famine ou les Gabéonites de Jean de la Taille (1573)), on s’interrogera sur la manière dont s’exprime cette insensibilité, tantôt comme le signe d’une cruauté, tantôt comme, au contraire, un au-delà de l’émotion.

• Iris Carré-Dréan (Université Montpellier 3) : « L’empathie : tiers-lieu du sensible et de l’insensible ? Figures et désirs empathiques dans Hart-Emily et Diane de Fabrice Melquiot »
L’empathie est une notion qui, depuis deux siècles, traverse des champs scientifiques divers. Elle peut être définie comme l’expérience d’un sujet sensible prétendant toucher à l’immédiatement insensible que sont les sentiments et affects d’autrui. Il s’agit d’un phénomène qui donne du fil à retordre à ses penseurs puisque difficile à théoriser, mystérieux et peut-être même chimérique. Il s’agira dans notre communication de penser l’empathie comme un tiers-lieu où se rencontrent sensible et insensible en nous appuyant sur les représentations qu’en fait Fabrice Melquiot dans Hart-Emily (2011) et Diane (2020).

• Caroline Roncerel-Haure (LESA) : « Insensibilité et geste artistique en environnement de soins »
En médiation culturelle, il est question de sensibilisation, donc d’un processus qui tend vers davantage de sensibilité. Cependant, en considérant l’insensibilité de manière littérale, c’est-à-dire non comme l’inverse de la sensibilité, mais l’absence de celle-ci, le terme donne lieu à une multitude de nuances. Du rapport étroit au corps et à ses représentations, à la relation à l’autre et à soi, en passant par le lien entre le spectateur et l’œuvre d’art, l’insensibilité est un sujet dont s’emparent à la fois le domaine de la santé et celui de la culture. Les actions artistiques mises en place en lieu de soin aujourd’hui mettent en exergue et travaillent ces différents niveaux de lecture de l’insensibilité, tant à l’échelle des individus qu’à celle des institutions.

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