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École d’été Obert - 7/8 juillet 2020

Les Etudes culturelles à l’épreuve de la littérature et des récits de travail.
Quelle(s) approche(s) pour quel(s) objet(s) ?

Première École d’été CIVIS-OBERT - Aix-en-Provence, 7-8 juillet 2020



Cette école d’été se configure comme l’une des actions structurantes de l’OBERT (Observatoire européen des récits du travail), réseau interdisciplinaire dont l’objectif est la confrontation des pratiques et des recherches consacrées aux récits du travail, considérés tout à la fois comme objets d’analyse et outils méthodologiques pour comprendre le monde du travail contemporain et ses représentations.
Dans plusieurs pays européens, nous assistons à une prolifération de publications aux typologies variées (textes à vocation littéraire, films, récits autobiographiques plus ou moins fictionnalisés, romans graphiques, pièces de théâtre, etc.) qui contribuent à reconfigurer le champ discursif du travail. Ce thème est par ailleurs souvent questionné dans l’articulation avec d’autres enjeux aussi fondamentaux pour les sociétés européennes du XXIe siècle : le genre, la question migratoire, l’écologie et l’environnement. L’école d’été, organisée autour de conférences-cadres et d’ateliers pédagogiques, a pour but de confronter les approches dites « culturelles » avec ce type particulier de produits culturels, dans une optique qui associe recherche et formation.

Cadrage et objectifs

Se situant à la croisée d’approches multiples, les Cultural Studies ont contribué à déplacer les outils de la critique littéraire sur le terrain des produits de la culture de masse. Dans quelle mesure ce champ peut constituer encore aujourd’hui un pôle où viennent s’agréger des domaines et des disciplines diverses (études littéraires, anthropologie, sociologie, histoire, philosophie, Gender Studies, Ecocriticism, histoire de l’art, etc.) et permettre un renouvellement des objets et des questionnements ?
Au fil du temps et depuis son émergence au Royaume-Uni dans les années soixante, dans le cadre de la renaissance des analyses marxistes proches du courant politique de la New Left (fondation du Centre for Contemporary Cultural Studies, Birmingham, 1964), ce champ a subi de multiples reconfigurations. Aux Etats-Unis, en passant par l’interactionnisme de l’école de Chicago (Howard Becker), la « mondialisation » des Cultural Studies est devenue évidente dans les années 1990, après la confrontation avec la caution théorique française (Lyotard, Derrida, mais surtout Barthes, Foucault,
Deleuze et de Certeau). Aux lectures de Marx, de Gramsci et de Weber, très présentes dans les premières décennies, succèdent en effet les auteurs de la French Theory. Il ne faut pas oublier cependant que les Estudios culturales ont aussi connu un véritable renouveau en Amérique du Sud, avec le Brésilien Renato Ortiz, puis en Inde avec l’émergence du collectif éditorial des Subaltern Studies en 1982, sous l’impulsion de l’historien bengali Ranajit Guha. Cette diramation a tiré parti d’une forte tradition critique marxiste inspirée du modèle gramscien d’hégémonie. A côté d’une circulation large auprès du grand public et de la prolifération des usages seconds des Cultural Studies, on assiste ces dernières années à l’émergence d’une série d’études qui, de façon explicite ou implicite, s’inspirent d’une approche « culturelle » (théories féministes et/ou gender, études post-coloniales, anthropologie politique, etc.) jusqu’à l’émergence du « paradigme de la mobilité » à la base des approches « multi-situées » qui consacrent une part importante de leur analyse aux diasporas, à la traçabilité des métaphores et aux transferts culturels.
Les conférences-cadres et les ateliers pédagogiques prévus pendant l’école d’été auront alors trois objectifs.

1) Les conférences introductives seront l’occasion pour discuter et redéfinir des concepts qui connaissent aujourd’hui des réemplois divers aussi bien dans les œuvres artistiques que dans les analyses critiques. Ces concepts semblent même jouir d’une totale autonomie par rapport aux théories qui les ont élaborées. Un retour aux origines est-il possible ? Serait-il fécond de confronter les théories
classiques (Gramsci, Barthes, Eco, etc.) avec un corpus défini d’œuvres contemporaines renvoyant au thème du travail ? Au-delà de la fétichisation des références théoriques ou de la discussion sans fin des autorités philosophiques, ces conférences permettront de réfléchir à la production d’un lexique théorique commun à partir du bilan critique des notions mobilisées (hégémonie, subalternes, etc.).
Clarifier les modalités d’utilisation de ce système de références intellectuelles communes, qui ne sont pas exemptes de critiques, devrait nous permettre par exemple de préciser la part de l’héritage gramscien (parmi les références les plus citées) et sa contribution à une meilleure compréhension des productions objets de nos analyses. Cela doit nous conduire à questionner également le cadrage
académique et intellectuel de cette approche. Dans quelle mesure pouvons-nous favoriser une convergence des points de vue et des connaissances sans renoncer aux spécificités des savoirs disciplinaires ?
2) Parallèlement au renouvellement des questionnements théoriques, lors des conférences thématiques et des ateliers pédagogiques on interrogera aussi les objets, les genres, les typologies et les formats des récits considérés. Si les études culturelles sont marquées par la prise en compte d’objets d’étude souvent condamnés à une marginalité disciplinaire, issus de la culture populaire, elles ont été souvent critiquées parce qu’elles se concentraient surtout sur les aspects liés au contenu, sans considérer dans la juste mesure la forme. Outre la possibilité de créer un nouvel espace spécifique de réflexion, les travaux de l’école d’été doivent donc nous permettre d’identifier aussi un objet d’étude plus précis et de délimiter un ensemble de corpus sur lesquels appliquer les notions théoriques évoquées. On a en effet souvent à faire à des récits hybrides aux formats multiples (différentes typologies textuelles ou alors mêlant images et texte, per exemple), qu’on pourrait qualifier d’« objets-frontières » qui sont de surcroît souvent soumis à des circulations culturelles.
3) On explorera également le maintien d’un lien avec les pratiques artistiques et militantes. Aux « objets frontières » s’accompagnent les « théories frontières » qui ne se limitent pas à favoriser la circulation des savoirs, mais ont un effet double à la fois social et cognitif. Souvent, se placer dans une optique culturelle signifie adopter une perspective critique en considérant par exemple la production artistique
comme l’expression d’une hégémonie culturelle qui, de manière implicite ou explicite, vise à rendre silencieuse ou conforme au langage dominant l’identité subalterne (Spivak).

Format
Le format envisagé vise à élaborer un cadre pédagogique structuré qui a pour objectif la création d’un Diplôme Universitaire (DU), dont l’école d’été représente le moment en présentiel.
Le dispositif sera basé sur des conférences-cadres introductives assurées par des spécialistes de « Cultural studies » et/ou de différentes aires géographiques ; des conférences thématiques comportant un travail critique sur des corpus choisis ; des tables rondes et des ateliers collaboratifs visant à produire des analyses de dossiers préalablement envoyés aux participants. Ce dispositif sera accompagné en amont et en aval par un travail et un dialogue à distance.
En plus des enseignants-chercheurs issus des universités partenaires, les conférences seront assurées par des spécialistes de Cultural studies, des études de genre, de Migration ou Subaltern studies, travaillant en France où à l’étrangers. Conférenciers pressentis au cours des différentes éditions : Sam Bourcier
(Univ. Lille III), Riccardo Ciavolella (EHESS), Elsa Dorlin (Paris VIII), Erik Neveu (Univ. Rennes I), Ugo Fracassa (Univ. Roma 3), Scott Lash (Goldsmith University), Gianfranco Rebucini (CNRS), Jean-Claude Zancarini (ENS, Lyon).

Public visé : étudiants de master, doctorants et post-doctorants

Partenaires : Aix Marseille Université, La Sapienza Università di Roma, Universidad Autonoma de Madrid, University of Athens.
Responsables du projet internes à AMU : C. BAGHETTI (carlo.baghetti@univ-amu.fr), M. CAIRO-CROCCO (mariagrazia.cairo-crocco@univ-amu.fr), C. LETTIERI (carmela.lettieri@univ-amu.fr)
Partenaires hors AMU : Raquel Arias Careaga (Universidad Autonoma de Madrid), Peggy Karpouzou (University of Athens), Franca Sinopoli (Università di Roma, “La Sapienza”)
Unités de recherche (AMU) : CAER (EA 854), Centre G. G. Granger (UMR 7304)
Département (ALLSH-AMU) : DEI

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