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ROMAND David


Membre associé

Ancien Post-doc (A-Midex) du 01/08/2018 au 31/05/2019
Contact : david_romand[at]hotmail.fr
Rattachée à l’axe 1 du Centre Granger


Thèmes de recherche :

Histoire de la connaissance ; psychologie et philosophie de l’esprit ; épistémologie ; sciences affectives ; esthétique ; sciences du langage ; domaine germanique


Recherches actuelles :

1) Histoire de la psychologie de langue allemande (fin XVIIIe siècle-début XXe siècle)
Depuis de nombreuses années, je m’attache à étudier les tenants et les aboutissants de la tradition psychologique telle qu’elle s’est imposée pendant près d’un siècle dans les pays de langue allemande à partir des travaux fondateurs de Herbart au début du XIXe siècle. S’il concerne avant tout les années 1810-1910, mon champ de recherche couvre la période qui va des dernières décennies du XVIIIe siècle au début des années 1930. Quoique spécialiste du domaine germanique, je m’intéresse également aux psychologues américains, britanniques, français et danois actifs au cours de la période considérée. Au point de vue méthodologique, je m’efforce de réhabiliter une histoire conceptuelle de la psychologie, en insistant sur la signification épistémologique des problématiques psychologiques et en les replaçant dans une perspective ouvertement interdisciplinaire. Le coeur de mon propos est ici que, au-delà de la variété des individualités scientifiques et des "écoles de pensée", les travaux psychologiques mis en oeuvre en Allemagne et en Autriche entre le début du XIXe siècle et le début du XXe siècle relèvent fondamentalement d’un même paradigme scientifique, dont je cherche à analyser les fondements, les principaux concepts, les programmes de recherche, mais aussi l’évolution, et l’interaction avec les autres champs disciplinaires. En ce qui concerne l’évolution du paradigme de la psychologie allemande, mon objectif est de mettre évidence la manière dont celui-ci, après avoir émergé au début du XIXe siècle, s’est épanoui pendant près d’un siècle, avant de brutalement refluer au début du XXe siècle, pour pratiquement disparaître durant plusieurs décennies, et enfin (partiellement) réémerger dans la seconde moitié du XXe siècle. Par ailleurs, j’étudie l’impact de la pensée psychologique allemande sur la philosophie et les Geisteswissenschaften. en précisant les conditions et les modalités de la "psychologisation" du savoir dans le contexte, principalement germanique, mais aussi européen et américain. Une part significative de mon travail d’historien est désormais consacrée à la psychologie affective, telle qu’elle a émergé à partir de la fin du XVIIIe siècle avec "l’invention" du sentiment (Gefühl) et s’est constituée, au cours du XIXe siècle, en champ d’étude autonome au sein de la nouvelle science psychologique allemande. En plus d’analyser la théorie du sentiment et les programmes de recherches proposés par les psychologues affectifs jusqu’au début du XXe siècle, je m’intéresse à la question du "tournant affectif" qui, comme je l’ai montré, touche la psychologie et les divers champs disciplinaires influencés par elle à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. A cet égard, je m’attache notamment à reconsidérer l’importance du rôle joué par le paradigme psycho-affectif allemand dans les domaines de l’esthétique, de la théorie de la connaissance et des sciences du langage. D’une manière générale, je me pose en défenseur d’une histoire des sciences affectives, par opposition à ce que l’on a coutume d’appeler "l’histoire des émotions", une approche, aujourd’hui encore largement prédominante, qui relève avant tout de l’histoire culturelle, de l’histoire des idées et de l’histoire de sensibilités, et qui, selon moi, ne parvient pas à cerner correctement les véritables enjeux scientifiques et épistémologiques de la notion psychologique d’affectivité.

2) Histoire de la philosophie allemande et autrichienne (XIXe siècle-début XXe siècle)
En tant qu’historien de la tradition philosophique germanique, mes travaux portent avant tout sur théorie de la connaissance et ses liens avec la logique, l’ontologie, la philosophie du langage et la philosophie des émotions, et traitent plus particulièrement de problématiques comme la théorie de l’expérience, la naturalisation de l’épistémologie ou les fondements de la connaissance objective. Plus précisément, je suis me spécialisé dans l’étude deux auteurs encore largement négligés par l’historiographie : Theodor Lipps (1851-1914), l’un des penseurs les plus influents de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, auquel j’ai notamment consacré un ouvrage collectif à paraître prochainement aux Editions Universitaires de Dijon, et Heinrich Gomperz (1873-1942), qui fut le théoricien du "pathempirisme", une doctrine d’inspiration positiviste se proposant de refonder l’épistémologie sur le concept psychologique de sentiment. Parmi mes centres d’intérêt, il convient aussi de mentionner, de manière plus générale : Herbart et la tradition herbartienne, le positivisme immanentiste et l’empiriocriticisme (Mach, Avenarius, Petzoldt), ainsi qu’un certain nombre de philosophes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, tels que Wundt, Riehl, Külpe ou Volkelt, s’inscrivant dans la mouvance du réalisme critique et de l’idéal-réalisme.

3) Esthétique psychologique (histoire et théorie)
D’une manière générale, je m’intéresse à la science esthétique dans son rapport à la psychologie, tout particulièrement à la psychologie affective. D’un point de vue historique, mes travaux portent sur l’apparition et le développement de l’esthétique psychologique dans les pays de langue allemande entre 1850 et 1914 environ. Comme je m’efforce de le démontrer, l’esthétique psychologique allemande et autrichienne de cette période relève fondamentalement d’un paradigme "psycho-affectif", le tournant psychologique qui s’amorce au milieu du XIXe siècle étant aussi pour l’esthétique un tournant de nature affective - la notion psychologique de sentiment s’imposant alors, pour près d’un demi-siècle, comme le concept structurant du discours esthétique. Une bonne part de mes recherche est, de fait, consacrée à la question des sentiments esthétiques (ästhetische Gefühle). C’est ainsi que j’étudie la manière dont les théoriciens de l’époque se sont attachés à faire du sentiment esthétique un véritable concept scientifique en analysant, dans le cadre de divers modèles théoriques, la nature, la fonction et la typologie des processus affectifs impliqués dans la manifestation de l’expérience du beau. Au cours de ces dernières années, j’ai cherché à réhabiliter un certain nombre de figures majeures, jusqu’alors pratiquement oubliées, du paradigme psycho-esthétique germanique, comme Theodor Waitz, Joseph Wilhelm Nahlowsky ou Konrad Lange. Parmi les nombreux autres esthéticiens auxquels je m’intéresse, il convient de mentionner Theodor Lipps, le théoricien célèbre, mais encore trop peu étudié, de l’esthétique empathique. Je défends ici l’idée que Lipps et la plupart des esthéticiens "professionnels" de l’époque, en particulier Hartmann, K. Lange, Groos et Volkelt, participent fondamentalement d’un même courant psycho-esthétique - ce que Charles Lalo qualifiait, en 1910, de "nouveau sentimentalisme esthétique" et ce que j’appelle le paradigme "holiste" des sentiments esthétiques, par opposition au courant "élémentariste" incarné par Waitz, Nahlowsky et Wundt. Par ailleurs, je m’intéresse aux deux grandes questions qui sous-tendent, chez tous ces auteurs, la problématique de l’expérience de l’objet esthétique : a/ la question de l’articulation de la forme et du contenu et b/ la question du rapport et de l’intégration des parties au tout. A cet égard, j’étudie plus particulièrement les travaux sur le sentiment de forme (Formgefühl) menés dans les années 1880-1910 par Wundt, Wölfflin, Göller, Lipps et d’autres théoriciens. Mes recherches dans le champ de l’esthétique psychologique ne se limitent toutefois pas l’étude des sentiments esthétiques, pas plus qu’ils ne se résument à la seule dimension historique. Je m’efforce ainsi d’établir un lien entre le paradigme psycho-affective germanique et les développements les plus récents de la pensée esthétique - ma thèse étant ici que les travaux psycho- et neuroesthétiques actuels correspondent, dans une large mesure, à la résurgence de problématiques ayant vu le jour en Allemagne et en Autriche dans la seconde partie du XIXe siècle et au début du XXe siècle. C’est en particulier le cas de l’empathie et des sentiments (émotions) esthétiques, deux thématiques qui, depuis quelques années, font l’objet d’un remarquable regain d’intérêt, de la part des théoriciens aussi bien que des expérimentalistes. Au-delà de l’étude de la réémergence du paradigme psycho-esthétique germanique, mon ambition est de montrer comment les modèles théoriques élaborés au sein de ce dernier peuvent constituer une source d’inspiration majeure pour les esthéticiens d’aujourd’hui.

4) Épistémologie affective
En lien direct avec mes travaux en histoire de la psychologie et de la philosophie, une part importante de mes recherches est consacrée à la question de l’épistémologie affective (affective epistemology), c’est-à-dire à l’étude de la place des sentiments ou des émotions dans l’acquisition, la manifestation et la justification des processus épistémiques. Il s’agit ici, en d’autres termes, d’analyser les implications fonctionnelles de ce que les philosophes de l’esprit ont désormais coutume d’appeler les "sentiments" ou les "émotions épistémiques" (dits aussi sentiments ou émotions "cognitif(ve)s" ou "noétiques") - les états affectifs qui, à la différence de ceux exprimant le seul plaisir et déplaisir, sont les véhicules d’une forme de connaissance particulière (familiarité, doute, certitude, attente, surprise, etc.). Comme je me suis efforcé de le démontrer, l’épistémologie affective, contrairement à une opinion bien ancrée, loin d’avoir brutalement émergé au cours des dernières décennies, est champ d’étude apparu dès le début du XIXe siècle et qui a connu un développement considérable jusqu’au début du XXe siècle, principalement mais non exclusivement dans les pays de langue allemande. A cet égard, je me suis principalement intéressé à la contribution de deux auteurs, Lipps et Gomperz (qui furent sans doute les plus important théoriciens de l’épistémologie affective de leur époque), en analysant la manière dont ils envisagent l’implication des sentiments dans l’élaboration de la pensée, du langage, des processus logiques, ou encore des formes de l’expérience consciente. Mon principal projet en cours est d’étudier les tenants et les aboutissants du pathempirisme (Pathempirismus), le système philosophique exposé, en 1905 et 1908, par Gomperz dans son ouvrage inachevé, la Weltanschauungslehre, dont l’objectif n’était ni plus ni moins que de refonder l’épistémologie sur la psychologie affective. Mon hypothèse est ici que la doctrine "pathempiriste" défendue par Gomperz marque l’aboutissement d’un programme de recherche "fort" en épistémologie affective, dont les origines remontent aux années 1820 (Beneke) et qui a trouvé son expression dans la tradition empiriocriticiste (Avenarius, Petzoldt) ainsi que dans certains écrits de Lipps. Au-delà d’un travail de réhabilitation historique, mon intention est ici de discuter la signification de ce programme fort à la lumière des débats philosophiques actuels. La plupart des théoriciens d’aujourd’hui défendant une conception plutôt "faible" des rapports entre affectivité et épistémologie, il s’agira pour moi d’avancer un certain nombre d’arguments en faveur d’une épistémologie radicalement internaliste, naturalisée sur la base de la psychologie affective.


Responsabilités :

Membre du comité de pilotage du programme "Biomorphisme, Approches sensibles et conceptuelles des formes du vivant", dirigé par Julien Bernard et Sylvie Pic.

Évaluateur pour Dialogue, Canadian Philosophical Review/Revue Canadienne de Philosophie, Palgrave Macmillan et les Presses Universitaires Blaise Pascal.

Membre de la Herbart-Gesellschaft, de la Société Française d’Esthétique, du Gardens Trust, du Lutyens Trust et de la Charles Rennie Mackintosh Society.


Enseignement :

Année universitaire 2018-2019 : cours magistraux et travaux dirigés en philosophie de la biologie dans le cadre du master "Neurosciences", Aix-Marseille Université.


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Bibliographie et CV :

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CV et biblio D. Romand - nov 2019