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Séminaire Nouvelles images de la terre

Tom Uttech - Enassamishhinjijweian (2009) - CC Alexander Gallery, New York
Tom Uttech - Enassamishhinjijweian (2009) - CC Alexander Gallery, New York

Nouvelles images de la terre

Séminaire d’humanités environnementales
et d’histoire & philosophie des sciences

Organisé par Sébastien Dutreuil, Baptiste Morizot & Estelle Zhong Mengual



Thématique

« Le besoin est aujourd’hui plus grand que jamais pour les philosophes de retrouver leur ancienne fonction - de redéfinir l’image de la Terre, en réponse à une expérience humaine inéluctablement transformée, et à une marée d’informations et d’idées nouvelles venues des sciences (…) ».
John Baird Callicott, Ethique de la terre, 1989.

Ce séminaire pluridisciplinaire prend comme point de départ les transformations que notre relation au vivant et à la Terre connaît depuis une vingtaine d’années. Ces mutations peuvent être analysées comme le fait de plusieurs phénomènes conjoints : d’abord, les évolutions discrètes mais certaines dans les sciences du vivant et de la Terre, qui font émerger de nouveaux concepts pour parler du vivant, révélant une nouvelle complexité et de nouveaux rapports d’interdépendance avec le vivant : la redéfinition de l’humain comme holobionte par la biologie de l’évolution (Gilbert, 2012) ; l’hypothèse Gaïa telle que formulée par James Lovelock et Lynn Margulis, et ses conséquences sur les géosciences (Dutreuil, 2016) ; la capacité des plantes à traiter des signaux complexes (Brenner, 2006) ; le redéploiement de l’étude des aptitudes cognitives, sociales et émotionnelles des animaux selon des lignes non-réductionnistes (Despret, 2012). Ces changements conduisent à des bougés dans les images de la terre et de la Terre s’informant mutuellement.
Ensuite, les métamorphoses environnementales induites par le réchauffement climatique et la gamme d’effets anthropogéniques rassemblés sous le terme d’Anthropocène. Si la pertinence du terme d’Anthropocène est largement discutée à raison (Bonneuil, Fressoz, 2013), il constitue néanmoins un marqueur intéressant de ce que ce séminaire tentera de saisir : la sensation d’un point de bascule dans un nouveau temps exigeant une redescription de nos relations au vivant et à la Terre.
Enfin, un troisième phénomène mérite d’être mentionné ici : celui d’une nouvelle reconnaissance de l’agentivité des non-humains au sein des sciences sociales, conduisant notamment à des relectures et infléchissements de l’histoire de la modernité (McNeill, 2010), du capitalisme (Webb, 2015), des démocraties modernes (Mitchell, 2013), et dessinant de nouveaux contours de ce que serait une écologie politique.

Nous nous retrouvons ainsi face à un vivant qui n’est plus la nature dont nous connaissions les propriétés : elle se comporte, et n’est plus strictement régie par des lois (Latour, 2015) ; elle communique, et n’est pas seulement soumise à un régime de causes et d’effets ; elle relève d’interactions actives de l’ordre du vivre ensemble et de la cohabitation, et n’est pas le lieu de seuls rapports de force newtoniens ou hobbesiens (Morizot, 2016).
De décor, le vivant devient acteur, et entre même sur la scène inhabituelle du politique : des forêts se mettent à penser (Kohn, 2013), la Terre devient Gaïa (Lovelock, 1979), un fleuve devient personne morale, des champignons ouvrent pour les humains une vie dans les ruines du capitalisme (Tsing, 2017).
Cependant, les rôles n’ont pas été distribués. Ils montent sur scène dans une pièce de théâtre, sans que personne n’ait écrit leur rôle, alors que nous sommes tenus d’écrire la pièce qui est en train de se jouer, de manière simultanée. C’est une pratique de création très différente de l’ancienne dramaturgie dans laquelle Shakespeare écrivait des pièces où il n’y avait que des humains, où l’on pouvait jouer la forêt de Macbeth. A présent, c’est la forêt elle-même qui monte sur scène, ce sont les abeilles, les coraux, la Terre, et il s’agit d’écrire en simultané ce qui est en train de se jouer, quels rôles ils jouent, quels rôles nous voulons qu’ils jouent, quels rôles ils veulent jouer.

Il s’agit ainsi de raconter pour essayer de dire ce qui est en train de se passer, et quels effets cela produit sur nos manières de connaître : c’est ce que ce séminaire tentera de faire à travers les outils conjoints des humanités environnementales, et de l’histoire et philosophie des sciences.
Pour mieux comprendre ce changement de dramaturgie, on s’attachera également à travailler sur les manières dont le vivant a été traditionnellement mis en scène, c’est-à-dire sur ses représentations historiques, et notamment modernes, dans l’art et dans les sciences occidentales : on s’intéressera à la manière dont l’imagerie induit des incorporations, mais aussi des « transformations des attitudes et comportements humains à l’égard de la Terre » (Merchant, 1990).
Ce séminaire se propose ainsi, à la croisée des arts et des sciences, de faire émerger de nouvelles images de la terre à même d’aider à construire une autre sensibilité au vivant, une autre manière de le concevoir, de le percevoir, d’entrer en relation et d’être affecté par lui.


Le séminaire est composé de deux types de séances :

  • des séances de travail autour d’un texte en cours de rédaction par l’invité (séances-ateliers)
  • des séances basées sur une intervention orale de l’invité suivie d’une discussion (séances-conférences).


Concernant les séances-ateliers, pour des raisons de confidentialité, la venue des extérieurs se fait sur inscription dans la limite des places disponibles.

Pour s’inscrire, écrire à : estelle.zhong[at]sciencespo.fr



Disciplines mobilisées : Philosophie environnementale, histoire et philosophie des sciences, anthropologie philosophique, histoire de l’art et esthétique environnementale, anthropologie de la nature.

Invités en mars et avril 2018 :

  • Virginie Maris, philosophe, CNRS-CEFE, Montpellier.
  • Manlio Iofrida, philosophie, Université de Bologne : séance-conférence ouverte au public, organisée en collaboration avec Maria Grazia Cairo Crocco - vendredi 13 avril 2018, 13h30-17h, à l’IMERA
  • Vinciane Despret, philosophe, Université de Liège.

Bibliographie indicative

DESPRET, Vinciane, Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions ?, Paris, La Découverte, 2012.
DUTREUIL, Sébastien, Gaïa : hypothèse, programme de recherche, ou philosophie de la nature, thèse de doct., Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / IHPST, Ecole doctorale de philosophie, 2016.
GRESVMUHL, Sebastian, La terre vue d’en haut. L’invention de l’environnement global, Paris, Seuil, 2014.
LATOUR, Bruno, Face à Gaïa, Paris, La Découverte, 2015.
LOWENHAUPT TSING, Anna, Le champignon de la fin du monde, Paris, La Découverte, 2017.
MARTIN, Nastassja, Les âmes sauvages, Paris, La Découverte, 2016.
MARTINEZ ALIER, Joan, L’écologisme des pauvres, Paris, Les Petits Matins, 2014.
MERCHANT, Carolyn, The Death of Nature, San Francisco, HarperOne, 1990.
MITCHELL, Timothy, Carbon Democracy, Paris, La Découverte, 2013.
MORIZOT, Baptiste, Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, Marseille, Wildproject, 2016.
OLWIG, Kenneth, Recovering the substantive nature of landscape, Annals of the Association of American Geographers, Volume 86, Issue 4, December 1996, pp. 630-653.
SHEPARD, Paul, Man in the Landscape (1972), Athens, University of Georgia Press, 2002.